Brian Towsend : Entretien avec Doyle Brunson
Rencontre au sommet entre la légende du poker et le surdoué Brian Townsend
Vous pouvez trouver la version originale de cet entretien sur le site de cardrunner. Cette traduction est réalisée de manière professionnelle et il est possible que vous trouviez des approximations voire des erreurs.
Que dire de plus sur Doyle Brunson qui n'a pas été écrit? Le poker lui doit beaucoup, notamment au travers de son livre de référence Super System puis Super System II, il est surnommé "the grandfather of Poker" il a dédié sa vie à ce jeu et a théorisé le jeu agressif au NL Hold'em.
Brian Townsend est l'un des joueurs qui comptent sur le poker online, en quelques mois il est passé de joueur classique au joueur de high stakes affrontant régulièrement Phil Ivey, Benyamine...
Les deux joueurs se sont rencontrés. Brian pose les questions...
L'interview
- Brian
- Merci de me recevoir, M. Brunson, c'est un privilège. La première question que je voulais vous poser concerne les joueurs qui sont aujourd'hui très agressifs. Vous êtes l'un des créateurs de ce style avec votre livre, Super System, où vous jouez vos tirages de manière très agressive. Je me demandais comment ça vous est venu? Est-ce que c'est arrivé progressivement après beaucoup de parties, ou était-ce juste une inspiration soudaine après une main où vous avez découvert les avantages à miser avec un tirage?
- Doyle
- Je crois que c'est juste l'évolution. J'ai joué pendant des années avant d'écrire Super System. Je pense que peut être maintenant quelques gamins ont poussé cette technique à l'extrème. Ca a marché pendant des années, mais quand le livre est sorti j'ai du revoir mon style de jeu, car tout le monde l'avait lu. J'ai écrit le livre et ils se sont tous mis à penser que j'essayais de voler toutes les mains.
- Brian
- Je suis d'accord, si vous êtes un joueur agressif, vos adversaires pensent systématiquement que vous n'avez rien, c'est incroyable. Ils vous payent avec la top paire sans kicker à chaque fois... Sans transition, quand vous grimpiez de limite, est-ce qu'il y a eu des fois où vous avez du redescendre de limite pendant votre progression?
- Doyle
- Non je ne l'ai jamais fait. J'ai toujours joué les plus grosses parties que je pouvais trouver.
- Brian
- Vraiment?! Toujours, depuis le départ?
- Doyle
- Les parties mixes qui se déroulent dans la Bobby's room, c'est la première partie de High Stake que je manque depuis 50 ans. Je n'aime pas la structure ni le Omaha, c'est la variante que j'aime le moins. Parfois dans ces parties, quand c'était le tour du Hold'em, mes adversaires jetaient leurs main en attendant que ce soit le tour du Omaha
- Brian
- C'est le problème de toujours jouer les plus grosses parties
- Doyle
- Je sais, d'après mon expérience, qu'un grand nombre de joueurs ne peuvent pas jouer plus bas. Dans la Bobby's Room, nous jouons parfois $3/$6. Pour moi je joue toujours au poker par unité, ce que je pense que tout joueur de poker devrait faire. Vous ne devriez même pas essayer de savoir combien valent les jetons. Et c'est pareil que vous jouiez des grosses limites ou des petites. Jouez de la meilleure manière, c'est ce que j'ai toujours essayé de faire. Et quand ce n'était pas une grosse partie, je pouvais jouer des plus petites limites, ce que beaucoup de joueurs ne peuvent pas faire.
- Brian
- C'est vrai, beaucoup de joueurs, quand les sommes en jeux sont minimes pour eux, balancent juste leur argent par la fenêtre. Ils ne jouent pas pour gagner
- Doyle
- C'est ça.
- Brian
- Quel bankroll aviez-vous quand vous avez commencé? Est-ce que vous avez déjà joué tout ce que vous aviez sur une table?
- Doyle
- Un grand nombre de fois.
- Brian
- Vraiment?
- Doyle
- Et j'ai tout perdu à de nombreuses reprises
- Brian
- Combien de fois diriez-vous?
- Doyle
- Une centaine, probablement
- Brian
- Wow!
- Doyle
- C'était une sorte de convention, avant, que si un joueur perdait tout, il pouvait emprunter de l'argent. Ce n'est plus comme ça maintenant, il n'y a plus les mêmes attaches entre les joueurs. Tout le monde tenait parole. Si je vous disais que je vous remboursais la semaine prochaine, même si je devais emprunter de l'argent, je vous aurais payé la semaine d'après. Si vous ne teniez pas parole, vous ne faisiez pas long feu.
- Brian
- Intéressant. Donc, comment avez-vous appris à jouer? De nos jours vous avez Doyle's Room par exemple.
- Doyle
- C'est vraiment plus facile de nos jours, vous avez les softwares. Moi j'ai appris en m'asseyant et en jouant main après main après main après main. La vieille école. De nos jours, tout le monde sait qu'il faut faire ceci ou cela avec un tirage couleur, mais j'ai du l'apprendre par moi-même et la seule façon de le faire étant de jouer des milliers de mains.
- Brian
- Donc vous étiez dans une chambre d'hotel et vous comptiez vous même les pourcentages de toucher une paire avec AK. Quel est la meilleure aide pour les joueurs aujourd'hui, selon vous?
- Doyle
- Je pense que vous sur Internet est la meilleure. Je pense aussi que les joueurs doivent jouer à la limite où ils sont à l'aise, ils ne devraient jamais risquer leurs finances pour jouer. Je déteste voir des joueurs tout perdre. Je dis aux joueurs sur DoylesRoom, chercher le niveau auquel vous pouvez gagner. Il y a un niveau ou tout joueur peut gagner. Que ce soit $5, $10, $1, $2 peu importe. Si vous êtes dans les limites petites limites et que vous gagnez constamment, alors vous devriez probablement essayer un peu plus haut. Si vous ne perdez pas, vous pouvez monter, monter, jusqu'à ce que vous atteignez votre limite.
- Brian
- Comment vous vous adaptez à autant de joueurs? Tous ces jeunes joueurs, qui ont vu des milliers de mains sur Internet, qui améliore leur technique tournoi après tournoi. Comment vous vous adaptez à ces joueurs?
- Doyle
- La seule façon de le faire est de les regarder, de les observer, et de leur parler. Vous comprenez assez vite si il a connait son métier, ou si il ne sait pas trop ce qu'il fait. Le gamin qui m'a battu au WSOPE (avant l'entretien, Zee Justin a sorti Bruson pendant le main event des WSOPE), je l'ai vu joué quelques mains, comme T5 non assorti, la relancé, et miser à chaque tour. Je sais que c'était un joueur loose. Vous devez avoir, je sais pas si on peut appeler ça le courage ("les couilles") pendant un tournoi. Si vous sortez vous sortez. J'ai pensé que c'était le bon moment pour doubler ma cave rapidement.
- Brian
- Et est-ce qu'il y a des joueurs qui vous pose des problèmes? Il y a beaucoup de bons joueurs, est-ce qu'il y en a avec qui vous avez du mal quand vous les affrontez, qui prennent toujours les bonnes décisions contre vous?
- Doyle
- Chip Reese m'a toujours donné le plus de fil à retordre. C'est le seul joueur contre qui je peux éprouver de l'appréhension à l'affronter. Je ne sais pas... il me bat toujours. J'ai joué serré contre lui, j'ai joué loose but peu importe ce que je fais il semble qu'il me batte toujours. Ca dure depuis longtemps, donc, par conséquence, je pense que c'est le meilleur joueur de tous.
- Brian
- Donc, vous ne joueriez jamais en tête à tête avec lui?
- Doyle
- Non. Je n'aime pas jouer contre quelqu'un qui peut me battre. Les gens vous disent, si tu es tellement fort, et que ce joueur est très fort, pourquoi ne pas jouer contre lui? Ca m'est égal de savoir qui est le meilleur. Les parties de poker n'ont rien à voir avec l'héroisme. Je m'en fiche de pouvoir te battre ou pas...
- Brian
- ...je veux juste gagner le maximum d'argent
- Doyle
- Exact, c'est ce qui m'intéresse.
- Brian
- Est-ce que vous avez du mal à trouver des parties? Doyle Brunson... est-ce que ça vous aide? Est-ce que vous trouvez des joueurs qui disent : Je peux battre le meilleur?
- Doyle
- Je pense que la réputation est un avantage, surtout si vous jouez à des petites limites. Vous pouvez trouver des joueurs faibles. La raison pour laquelle nous continuons à jouer est parce que les joueurs aiment nous affronter, parce que nous avons beaucoup d'argent. Nous donnons de l'action à la table. descendez à $1500/$3000 ou $1000/$2000 et il y a une tonne de joueurs qui joueront avec vous. Nous affrontons tous les champions locaux et c'est comme ça que je joue depuis des années, dans les parties locales.
- Brian
- Ou passez-vous le plus de temps? Vous êtes à Londres en ce moment, mais ou passez-vous principalement vos journées?
- Doyle
- Las Vegas est mon lieu de résidence
- Brian
- Mon grand père jouait à Las Vegas pendant les années 60 et 70. Comment était la vie alors?
- Doyle
- Les gens s'asseyaient avec tout ce qu'ils avaient. Ils prenaient place et jouaient. Au Texas, vous ne quittiez pas une partie. Il était admis que vous jouiez jusqu'a ce que quelq'un ait perdu. Et vous deviez faire avec. Mais j'étais jeune et j'avais beaucoup d'énergie
- Brian
- Combien de temps pouviez vous jouer?
- Doyle
- J'ai joué 5 jours et 5 nuits. Quand j'avais 25 ans je jouais souvent pendant 2 jours. Chip et moi jouions de longues sessions puis nous allions dormir et nous revenions. Nous avons perdu beaucoup de temps à jouer au poker.
- Brian
- Combien vous vous étiez au 4 jours d'une session marathon? J'imagine que vos pensées n'étaient plus aussi aiguisées?
- Doyle
- L'un des avantages d'avoir été un athlète quand j'étais plus jeune est que j'étais discipliné. Et c'était bon pour nous de jouer de longues parties, parce qu'ils n'avaient pas l'habitude des longues sessions. Nous allions prendre leur argent le plus souvent, d'une manière ou d'une autre.
- Brian
- Vous avez évoqué le fait que les joueurs ont changé, et le code de l'honneur qu'il y avait alors. Si vous deviez être payé la semaine d'après, vous l'étiez. Est-ce que vous pouvez parler un peu plus de cette camaderie entre compagnons de route et de jeu?
- Doyle
- Il y avait alors une petite communauté de joueurs pros. Aujourd'hui je ne sais pas combien de professionnels, de tournois, de joueurs il y a, mais il y en a beaucoup. Nous nous connaissions donc très bien. Nous avons tout connu ensemble: les vols, les arrestations, les tricheries. Et vous saviez que nous étions tous profesionnels. Il n'y avait pas d'animosité, un ami d'un ami était votre ami. Aujourd'hui c'est différent. Il y a tous ces jeunes joueurs que je connais qui font ce genre de trucs. Si quelqu'un vous emprunte de l'argent vous attendez de lui qu'il vous rembourse la prochaine fois qu'il me voit, à moins qu'il vous ai dit atre chose, en disant je te rends ça la semaine prochaine, ou le mois prochain, ou peu importe. Mais vous empruntez de l'argent et ne pas vous parler du remboursement, il semble qu'un paquet de jeunes joueurs fasse ça. Ils ne sont pas reconnaissants sur ce que nous avons traversé pour amener le poker là ou il en est.
- Brian
- Evidemment vous êtes partie prenante de Doyle's Room. Vous jouez régulièrement dessus?
- Doyle
- Je ne peux plus jouer de longues sessions, mais je joue tous les jours dessus. Les gens peuvent venir et découvrir ce qu'est une vrai partie de poker. J'ai découvert ça il y a 50 ans...